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Les indices IFO ont exercé une pression de fond sur la paire EUR/USD. Cette publication n’a pas été catastrophique pour l’euro — loin de là — mais elle s’est ajoutée à une série de signaux macroéconomiques décevants, notamment les chiffres ZEW et PMI d’octobre. En conséquence, l’EUR/USD a reculé après ce rapport, se rapprochant de la borne inférieure de la fourchette 1,1180–1,1250.
Bien que la paire reste dans sa fourchette de prix établie, les indices IFO peuvent néanmoins jouer un rôle (tout comme les deux autres membres de ce « big three »), notamment à l’approche de la réunion de la Banque centrale européenne ce jeudi. La réaction immédiate relativement limitée de l’EUR/USD ne reflète donc pas toute l’importance des données publiées. Leur impact peut se manifester avec retard si l’affaiblissement du climat des affaires pousse la BCE à adopter une position plus prudente sur la poursuite du resserrement. Dans ce cas, IFO/ZEW/PMI deviendraient un argument supplémentaire pour les vendeurs d’EUR/USD.
Rappelons d’abord ce que mesure concrètement chacun de ces indicateurs. ZEW saisit le sentiment des experts financiers — leurs attentes concernant les perspectives économiques à six mois. IFO interroge directement les entreprises : il sonde environ 9 000 sociétés afin d’évaluer à la fois la situation actuelle et les attentes pour les six prochains mois. Les PMI s’appuient eux aussi sur des enquêtes auprès des entreprises, mais ils enregistrent avant tout les variations mensuelles de la production, des nouvelles commandes, de l’emploi et des coûts.
Autrement dit, ces trois indicateurs évaluent l’économie sous des angles différents, se complètent et aident à dresser un tableau plus complet.
L’intérêt du rapport IFO réside dans sa rapidité de publication, l’ampleur de sa couverture sectorielle et le contact direct avec les entreprises. Il faut toutefois garder à l’esprit qu’il s’agit d’évaluations et non de volumes de production effectifs. Les attentes peuvent ne pas se réaliser, l’indice moyen masque les divergences sectorielles et la situation de l’Allemagne ne peut pas être automatiquement extrapolée à l’ensemble de la zone euro.
Par conséquent, cette publication doit être jugée moins à l’aune du chiffre global qu’à celle de la dynamique de ses composantes.
À première vue, la situation paraît plutôt favorable : l’indice du climat des affaires est passé de 89,9 à 90,2 — son plus haut niveau depuis mai 2023. L’indicateur est ressorti en « zone verte », alors que la plupart des analystes anticipaient un léger recul à 89,8. Cependant, l’amélioration provient entièrement des anticipations, qui ont bondi de 90,4 à 91,6. À l’inverse, l’évaluation de la situation actuelle a reculé de 89,5 à 88,8. Autrement dit, les entreprises allemandes se montrent plus confiantes pour l’avenir mais jugent le présent plus défavorablement. Pour l’euro, ce mélange est fragile, car les résultats économiques effectifs doivent encore valider ces attentes optimistes.
La ventilation sectorielle du rapport permet d’expliquer cette divergence. Le sentiment dans l’industrie s’est amélioré grâce à une hausse des nouvelles commandes : les entreprises se montrent plus positives sur les conditions et signalent leur intention d’augmenter la production. Le secteur de la construction affiche lui aussi une dynamique positive. En revanche, le climat des affaires dans les services s’est détérioré, les évaluations de la situation actuelle devenant plus négatives. Dans le commerce, l’indicateur global est resté inchangé, mais les entreprises ont également commencé à juger la situation actuelle plus défavorablement. Le moral des détaillants s’est révélé plus faible que celui du commerce de gros.
Ainsi, la reprise naissante de l’industrie ne s’accompagne pas encore d’une amélioration comparable dans les secteurs tournés vers le consommateur. Cela remet en question la durabilité de la reprise allemande et relativise la portée du mouvement positif de l’indicateur global IFO.
Rappelons que l’indice des anticipations ZEW pour l’Allemagne est tombé en octobre de 34,7 à 28,1 (celui de la zone euro a reculé de 25,8 à 18,5). Dans le même temps, l’évaluation de la situation actuelle en Allemagne s’est améliorée. Autrement dit, les signaux envoyés par ces deux enquêtes divergent quelque peu. Néanmoins, les résultats ZEW contribuent à expliquer la faiblesse de la demande intérieure : le coût élevé de l’énergie freine la consommation et l’investissement, érode les revenus réels et renchérit les coûts de production des entreprises. Dans ces conditions, la reprise allemande reste vulnérable aux chocs externes, et la détérioration des perspectives de consommation fait écho à la faiblesse du secteur du commerce mise en évidence par le rapport IFO.
Les PMI d’octobre ont complété le tableau : l’indice composite de la zone euro a reculé de manière inattendue de 53,1 à 51,9, signalant un ralentissement de la croissance. Les entrées de commandes se sont nettement affaiblies, les créations d’emplois ont quasiment stagné et l’économie française est retombée en contraction, tandis que la hausse des prix de l’énergie accentuait la pression sur les coûts de production. Même si les prix de vente n’ont progressé que modérément en octobre, les pressions inflationnistes sont restées élevées. Le résultat net est un cocktail très défavorable — voire dangereux : la demande s’affaiblit alors que le problème de l’inflation persiste.
Les données macroéconomiques « prennent vie » lorsque les banquiers centraux les interprètent. Pour la BCE, l’ensemble des signaux décrits ci‑dessus pointe vers une montée des risques de stagflation. De nouvelles hausses de taux pourraient encore davantage refroidir la demande, sans pour autant s’attaquer à la cause principale de la flambée des prix de l’énergie. Je m’attends donc à ce que la BCE se contente cette semaine de maintenir ses taux inchangés, tout en mettant l’accent sur les risques baissiers pesant sur la croissance, ce qui pèserait sur l’euro. Christine Lagarde devra trouver un équilibre entre la lutte contre l’inflation et son coût.
La Fed dispose de bien plus de marge pour adopter un ton restrictif. La vigueur de la demande intérieure permet à la banque centrale américaine de se concentrer sur la lutte contre l’inflation et de rester hawkish. Ainsi, même si les décisions de statu quo sur les taux sont formellement identiques, le message de la BCE et celui de la Fed pourraient diverger — et pas en faveur de l’euro.
Il faut donc évaluer les chiffres IFO, ZEW et PMI d’octobre dans cette optique. Ce « big three » ne signale pas l’effondrement de l’économie européenne, mais souligne la fragilité de sa reprise et limite la marge de manœuvre pour une rhétorique véritablement restrictive de la BCE. Si Lagarde insiste sur les risques pesant sur la croissance tandis que la Fed met l’accent sur la nécessité de poursuivre l’action anti‑inflationniste, la balance pourrait pencher en faveur des vendeurs d’EUR/USD. Une cassure nette, durable et confirmée sous 1,1180 viendrait valider clairement ce scénario.